Actualité Editorial

Voyoutisme parlementaire

De tout temps, les élus de la Nation n’ont jamais joué le rôle que leurs mandants attendent d’eux : animer la vie démocratique par le débat contradictoire, contrôler l’action gouvernementale en toute indépendance, évaluer les politiques publiques sans subir la pesanteur ou l’influence du camp auquel on appartient. Par conséquent, l’Assemblée nationale est par essence cette auguste institution où les représentants de la Nation doivent légiférer en toute indépendance et en toute liberté vis-à-vis du pouvoir exécutif. C’est aussi le lieu sacro-saint où les différentes sensibilités politiques confrontent leurs idées à travers les débats et les échanges féconds. Cette confrontation des idées politiques communes ou contradictoires, sous forme de projets législatifs, installe en profondeur la culture démocratique, celle où la prise de parole qui génère le compromis et la négociation n’est pas seulement une procédure, technique d’arbitrage, mais aussi une valeur légitimatrice des délibérations.

L’ASSEMBLÉE NATIONALE : LIEU DE RÈGLEMENT DE COMPTES

Malheureusement, on a transformé l’Assemblée, lieu de reddition des comptes, en un lieu de règlement de comptes entre députés d’un même clan ou d’anéantissement de la minorité parlementaire. En décembre 1962, le Président Léopold Sédar Senghor exécute politiquement Mamadou Dia, chef du Conseil gouvernemental, accusé de fomenter un putsch, en instrumentalisant les députés godillots qui n’hésitent pas à voter une motion de censure contre son gouvernement. La situation de confusion qui s’ensuivit entre l’Union progressiste sénégalaise (UPS) et l’Assemblée nationale permet à Senghor de se débarrasser définitivement de Dia.

Cette même Assemblée, sous le règne du président Abdou Diouf, sera manipulée par le superpuissant Jean Collin pour anéantir ses adversaires de même parti. Il faut préciser que, dans le dessein d’affaiblir l’opposition d’alors, le Président Abdou Diouf avait instauré aux législatives de 1983 la règle des 15% pour obtenir un groupe parlementaire. C’est ainsi que le parti d’Abdoulaye Wade qui avait obtenu 8 députés sur 120 ne disposa pas de groupe. Et le Ps régna en maître à l’Assemblée sans opposition parlementaire pendant toute cette législature.

En 1984, Habib Thiam est victime des manœuvres, sur fond d’un contentieux des années 70, de Jean Collin qui a assujetti une bande de députés socialistes pour pousser à la sortie l’alors président de l’Institution parlementaire. Le même procédé est utilisé par la même personne en décembre 1988 pour se défaire de Daouda Sow successeur d’Habib Thiam au perchoir.

Son crime : avoir demandé, après des élections législatives catastrophiques, un nouvel organigramme du Ps qui écarterait Jean Collin de sa position de numéro 2 officieux du parti. On a souvenance de l’agacement des députés libéraux qui, sous la conduite de Boubacar Sall, quittent l’hémicycle et vitupèrent le comportement des socialistes en martelant : « nous ne sommes pas à la maison du PS ».

En l’espace de cinq ans, les problèmes relatifs à la réorganisation hiérarchique du Ps ont eu comme conséquences dommageables la défenestration de deux chefs du perchoir victimes de la toute-puissance de Jean Collin.

Ces intrigues et manœuvres ont refait surface sous le règne d’Abdoulaye Wade quand Youssou Diagne, premier président de l’Assemblée de la première alternance démocratique, est contraint à la démission le 12 juin 2002, après avoir perdu les locales dans son fief de Ngaparou.

Six ans après, l’alors président de la 11e législature, Macky Sall, accusé d’avoir voulu auditionner le fils du président de la République, patron de l’Anoci, est sacrifié sur l’autel de la haine vindicative et des jeux de positionnement de ses frères ennemis de parti.

Le président de la République, Macky Sall, qui a tant souffert de ces manœuvres et intrigues de la place Soweto, a dirigé une coalition qui a ramené la démocratie parlementaire aux années 60 et 80.

La première législature sous l’ère Macky, correspondant à la 12e dans l’histoire parlementaire de notre pays, aura été marquée par deux lois scélérates votée le 29 juin 2015.

La première loi liberticide est celle relative à la constitution d’un groupe parlementaire sur la base de 15% alors qu’Abdoulaye Wade l’avait ramené à 10 députés en 2000.

La seconde est la tenue en respect des députés dans leur groupe d’origine au risque de grossir le rang des non-inscrits.

Après la proposition de loi scélérate n° 13/2015, la 12e législature s’était illustrée tristement par la confusion dans le groupe parlementaire libéral démocrate avec l’institution de deux présidents de groupe parlementaire.

Avec le tripatouillage des dispositions réglementaires de l’Assemblée nationale, la coalition présidentielle avait manœuvré, avec l’onction complice du président Moustapha Niasse, pour priver aux parlementaires opposants ce à quoi ils ont droit : la constitution d’un groupe parlementaire. Usant de faux, Modou Diagne Fada avait illégalement mis en place, sous le fallacieux prétexte du règlement intérieur en son article 22, son groupe parlementaire avec le soutien complice de la majorité dont l’objectif ultime était d’anéantir le Pds, parti où le président Macky Sall a connu ses gloires et déboires qui lui ont servi de rampe de lancement pour accéder au pouvoir avec la loi scélérate de Sada Ndiaye.

Les levées d’immunité parlementaire illégales de Khalifa Sall et d’Ousmane Sonko sur fond de manœuvres politiciennes demeureront des taches noires indélébiles de cette 13e législature de même que Seydina Fall Boughazelli, le député fabricant de faux billets et les parlementaires trafiquants de passeports diplomatiques.

14e LÉGISLATURE : LA PLUS NULLE DE L’HISTOIRE PARLEMENTAIRE DU SÉNÉGAL

La 14e législature, qui devrait être la plus animée démocratiquement grâce à la configuration de l’Assemblée nationale -83 députés pour Bennoo et 82 pour l’opposition-, est malheureusement la plus nulle avec le jeu des alliances circonstancielles de la majorité avec les députés de Wallu et de Taxawu Senegaal.

Coalitions qui ont obtenu leurs sièges grâce à Ousmane Sonko qui a battu seul campagne lors de ces législatives de 2022. On se souvient du vote triste de la modification électorale relative aux parrainages qui permettait à Khalifa Sall d’être sur la ligne de départ en mars 2024.

Et ce sont ces mêmes députés de Bennoo qui, aujourd’hui, refusent obstinément cette délégitimation que le peuple a portée sur la 14e législature depuis le 24 mars dernier qui consacré Bassirou Diomaye Diakhar Faye 5e Président du Sénégal.

Ce sont ces mêmes députés, avec à leur tête le nullissime président de l’Assemblée nationale Amadou Mame Diop, qui ont introduit frauduleusement des dispositions dans le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, lesquelles y avaient été biffées en 2019 quand le poste de Premier Ministre avait été supprimé par Macky Sall.

Et voilà que la parentèle politique de Macky Sall-Amadou Ba, pour ne pas dire la valetaille parlementaire de Bennoo, a décidé de surseoir au débat d’orientation budgétaire (DOB) à la suite de la décision d’Ousmane Sonko de ne pas faire sa déclaration de politique générale avec un Règlement intérieur frauduleux.

Et entre invectives et algarades, les godillots de Bennoo adoptent un comportement voyou en décidant de tripatouiller les textes de l’Assemblée aux fins de supprimer toute possibilité de dissolution de l’Institution parlementaire par le Président.

Ce qui veut dire que ces députés de Bennoo avec leurs affidés de Wallu et de Taxawu veulent mettre la chienlit dans l’Assemblée en empêchant au Président BDF de mettre en place son Projet politique salvateur. Et sur ce, les godillots de Bennoo envisagent de prolonger leurs jouissances parlementaires tout en mettant des bâtons dans les roues du chef de l’État.

 

LA CONCORDANCE DES MAJORITÉS : UNE EXIGENCE DÉMOCRATIQUE

La concordance des majorités est une exigence pour tout régime nouvellement élu. Abdoulaye Wade a eu sa majorité en 2001 et Macky Sall a eu la sienne en 2012 pour gouverner et mettre en œuvre la politique pour laquelle chacun d’entre a été élu majoritairement par le peuple sénégalais.

Et voilà que ces députés du Système veulent tout simplement nier à BDF ce que les Sénégalais lui ont accordé le 24 mars dernier. Abdou Mbow et les siens veulent transposer la crise qui mine son parti l’APR dans le pouvoir de BDF.

Ils veulent imposer une cohabitation en fuyant la voie des urnes. Ce que les Sénégalais refusent et refuseront. Ils veulent éviter le coup de grâce que le peuple veut lui asséner après le KO électoral du 24 mars 2024.

Mais qu’ils ne perdent rien pour attendre ! Le Peuple a vomi Bennoo et ses mentors Amadou Ba qui cherche une nouvelle virginité avec ses momies politiques et Macky Sall devenu le garçon de course de Macron, ce Macron que les Français ont rejeté lors du 1er tour des législatives du dimanche 30 juillet.

Ces voyous parlementaires de Bennoo ne savent même pas ce qu’est l’importance d’une Assemblée nationale dans une démocratie. Ce qui les intéresse, ce sont les prébendes, les avantages matériels et pécuniaires, les salaires faramineux, les passeports diplomatiques, les bakchichs.

Quant aux préoccupations du peuple, elles sont reléguées au second plan. C’est pourquoi, il urge de rompre avec ce visage hideux qu’offre notre institution parlementaire entaché par le comportement voyou des députés de Bennoo.

Ainsi, après 64 ans d’indépendance, notre démocratie parlementaire, toujours embryonnaire, crapahute à cause de l’irresponsabilité et de l’immaturité des députés de Bennoo qui n’ont pas encore compris le véritable rôle d’une Assemblée dans l’animation démocratique de la Nation.

Mais, avec le vent de changement qui a soufflé dans notre pays au soir du 24 mars 2024, nous avons la ferme conviction que l’Assemblée échappera à ce pronunciamiento parlementaire que concoctent les godillots du Système socialo-libéral résiduel et que le peuple souverain et patriotique concordera bientôt, à travers les urnes, les majorités de l’Exécutif et de l’Assemblée nationale. Pour le bien de la démocratie !

Serigne Saliou Guèye

 

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